Georges Mathieu

Larmes Douces
Titre: Larmes Douces
Technique: Alkyde sur toile
Signé(e) et daté(e): 1991
Dimension: 73 x 92 cm
Bibliographie: --
Provenance:

Atelier de l'artiste

Collection privée, Paris

Collection Rosie Barba Negra, Paris

Prix: VENDU
 

Il n'y a pas lieu de penser que tous les peintres partagent le syndrome d'Émile Bernard, à savoir que ses premières œuvres sont réellement importantes et plus recherchées, tandis que celles de la seconde partie de sa vie, après son voyage en Égypte, offrent un intérêt moindre. Le contre exemple éclatant est l'œuvre de Paul Gauguin dont on ne peut pas dire que les œuvres de Tahiti ne valent pas celles de Pont-Aven et du Pouldu.

Ainsi de Mathieu dont les œuvres des années 1990 ne déméritent pas, en regard de celles des années 1950. Il suffit de les sortir de l'aire du soupçon et de les envisager pour ce qu'elles sont.

Le galeriste Daniel Wildenstein, qui l'avait exposé dans sa galerie de New York, ne lui écrivit-il pas : « Votre peinture montre une jeunesse et une évolution que seuls des artistes comme Titien et Monet ont accompli » (déc.1988).

Dans le texte « La nouvelle royauté du Tachisme »(1988), Georges Mathieu écrit : « On a longtemps reproché à mes œuvres leur élégance si peu en rapport avec la barbarie de notre époque. C'est à mon insu que s'élaborait une séduction des formes et des couleurs (...) Depuis quinze ans

ma palette pourtant s'était assombrie. Les jaunes, les oranges les bleus avaient disparu. Aujourd'hui, par le truchement de je ne sais quelle intervention, je me surprends à découvrir la splendeur des cadmiums rouge foncé, moyen ou clair, de toutes les variétés de jaune et d'ocre et aussi de bleu pâle lumineux, splendeur anachronique et insolite qui rayonne désespérément dans des climats qui tentent de conjurer les convulsions de notre monde en désarroi. »

L'on connaît, aujourd'hui, quelle est cette » intervention ». Il s'agit de l'utilisation des couleurs alkydes - qu'il a découvertes par l'intermédiaire d'un fabricant anglais - qui ont un triple avantage par rapport aux huiles classiques : leur grande luminosité permanente dans le temps ; leur qualité d'adhérence supérieure sur la toile ; leur temps raccourci de séchage.

L'Oeuvre de l'artiste peut être divisée en une quinzaine de périodes. Après la période Baroque, l'ultime est la période Barbare à laquelle se rattache LARMES DOUCES. 1991. Georges Mathieu dit : « Parti de la tache, j'y reviens maintenant. L'espace pictural n'est plus le même, il n'est plus fermé, centré, composé comme il l'a été pendant si longtemps. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, il n'y a plus de centre dans le monde. » 

Dans LARMES DOUCES. 1991, la toile ne présente pas un fond coloré, il n'y a pas de centre non plus. Les couleurs rouge, bleu et noir utilisent le pourtour de la toile et laissent, en leur milieu, une trouée vers la lumière, vers l'infini comme une aspiration vers un absolu. Deux raies obliques de rouge et de jaune attirent le regard vers le haut, tandis qu'un équipage de signes jaunes et rouges châtient des taches de noir peinture. Michel Tapié de Céleyran aurait pu murmurer, devant la toile, « stupéfiantmagique.» !

Georges Mathieu parle, ici, de l'Abstraction Lyrique, son mode d'expression, employant comme moyens techniques des taches, des coulées, des projections de peinture sur les toiles , qu'il définira en 1947 et dont il se fit le héraut :

« L'art abstrait est la plus difficile et la plus compliquée des peintures. Quand un peintre figuratif fait un tableau, il a devant lui l'objet ou le sujet qu' il peint. Il peut reprendre sa toile, la corriger, juger de ses effets, la comparer à l'original, etc.

Dans l'abstrait, et particulièrement dans l'Abstraction Lyrique, c'est le contraire. L'artiste est seul devant sa toile. Avec ses tubes de couleurs et son imagination. Plus de repères, plus de règles. Il ne s'agit plus de reproduire mais d'inventer. C'est à la fois exaltant et angoissant. Il faut une extraordinaire concentration. L'artiste passe en un instant du désespoir le plus profond à l'euphorie la plus folle.Cela procure une émotion prodigieuse que ne connaîtra jamais le peintre figuratif. Car c'est l'exaltation de la création à l'état pur. »

La présentation publique de LARMES DOUCES 1991 permet, aujourd'hui, au plus large public, de partager un moment de création pure. C'est rare. Profitons-en.

 

Jean-Marie CUSINBERCHE










 

 

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