Takesada Matsutani

"Kasanari" - "Superposition"- "Hommage à Odilon Redon"
Titre: "Kasanari" - "Superposition"- "Hommage à Odilon Redon"
Technique: Colle de bois et peinture acrylique sur toile
Signé(e) et daté(e): 1985
Dimension: 65 x 54 cm
Bibliographie: --
Provenance:

Atelier de l'Artiste, Paris 

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« Je suis né à Osaka, le 1er janvier 1937, l'année du signe de la souris »... commence Takesada Matsutani, accoudé à l'une de ses tables de travail dont la surface est recouverte de pinceaux, de mines de graphite, de signes calligraphiques esquissés à l'encre de chine : recherches de l'artiste pour la maquette d'un livre en préparation. Dans cet atelier situé à l'écart de la rue Faidherbe où nous sommes accueillis pour cette interview proposée à l'heure du thé, Matsutani, âgé de quatre-vingt ans, peut-être le plus parisien des Japonais, prépare en ce moment même l'événement de la Biennale de Venise 2017. Il y exposera, au grand public, ses remarquables installations présentant des rouleaux de plus de dix mètres sont la surface sera recouverte, à la main, ligne par ligne, de graphite. Employée par l'artiste au début des années soixante-dix, cette technique a marqué un tournant dans sa pratique : il revenait alors à une technique plus simple sans pour autant renier l'esprit de Gutai qui l'a, sans cesse, poussé à se renouveler. Jour après jour, l'artiste trace, avec une mine de plomb sur le papier blanc, une bande noire, comme pour écrire le journal de sa vie. Pour cette prochaine édition de la Biennale de Venise, Matsutani présentera également l'une de ses célèbres installations mettant en scène un grand tampon suspendu au bout d'une corde et chargé d'encre noire destiné à marquer de son empreinte, un grand drap blanc tendu en son dessous.

« Ma mère aimait me répéter que la souris est toujours en quête de nourriture mais ne souffre jamais de la faim, poursuit l'artiste. Elle cherchait peut-être à se rassurer... mais ce fut de bon augure pour la suite de ma vie artistique, ajoute-il d'un air amusé. J'ai fait mes études au Osaka City Kogei High School, un lycée où j'ai étudié la peinture traditionnelle japonaise faite avec des pigments mêlés à de la colle, cette technique traditionnelle se nomme « nihonga ». J'y ai réalisé beaucoup d'œuvres figuratives. Et puis, en 1951, j'ai contracté la tuberculose. J'ai vécu huit années de maladie, de traitements et d'hospitalisation. Je n'avais guère d'autres activités que la peinture et la lecture de théories artistiques. C'est à ce moment que j'ai découvert Du spirituel dans l'art et dans la peinture en particulier de Kandinsky et les œuvres des artistes cubistes Braque et Picasso. Ce fut une révélation ! Je me suis mis en quête de trouver un style plus personnel, quelque chose qui me caractérisait tandis que je me détachais peu à peu de la peinture traditionnelle. Cette quête d'un nouveau style m'a amené à faire la rencontre déterminante du peintre Syosaku Arao. C'était un peintre « nihonga ». Il m'a ouvert à la peinture qui s'introduisait au Japon : la peinture informelle. Je n'allais pas aux expositions, elles étaient trop loin et j'étais malade, mais je les découvrais dans les publications que je dévorais. C'est de cette manière que j'ai pu connaître les œuvres des artistes comme Fautrier et Tapiès qui sont devenus des références pour moi. Je me suis mis à travailler la peinture comme une matière épaisse. Et puis, en 1959, j'ai fait la rencontre de l'artiste déjà très connu du groupe Gutai : Sadamasa Motanaga. Il avait quinze ans de plus que moi, l'âge d'être mon mentor, ce qu'il devint d'ailleurs. C'est avec lui, vraiment, que j'ai abandonné toute forme de figuratif pour me livrer à l'abstraction pure, dans l'inspiration de Gutai que j'admirais beaucoup, tant pour son travail de la matière que pour l'usage des éléments et le traitement en trois dimensions des œuvres qui n'étaient plus seulement picturales.

« Non, ça ne va pas. Ce n'est pas bon. C'est déjà fait, cherche quelque chose qui n'existe pas encore ! »

Depuis cette rencontre, je n'ai eu de cesse de faire des recherches pour trouver ma voie et inscrire ma démarche au sein du groupe Gutai. Mais ce n'était pas chose aisée... Motanaga m'a fait rencontrer Yoshihara Jiro, une personnalité très influente dans le monde de l'art au Japon, contribuant, juste après la seconde guerre mondiale, à l'émergence d'associations publiques et privées d'art dans toute la région du Kansai comme la célèbre Ashiya City Art Association en 1948 et Genbi en 1953. Il était aussi un critique d'art pour les célèbres revues japonaises Kirin et Bokubi. En 1954, Il fonda la Gutai Art Association avec seize membres et la revue Gutai qu'il dirigeait. Il était très exigeant. Chaque fois que je lui présentais l'une de mes œuvres toujours par l'entremise de mon maître Motanaga, Yoshihara Jiro me rétorquait : « non, ça ne va pas. Ce n'est pas bon. C'est déjà fait, cherche quelque chose qui n'existe pas encore ! » Pendant trois années entières de recherches, je n'ai entendu que cette réponse aussi décevante que stimulante. Et puis un jour, alors que je lui présentai une petite œuvre organique, biologique, il a dit « oui ! ». C'est cette petite œuvre matiériste qu'il a choisie, en accord avec Michel Tapié, pour présenter au célèbre Sky Festival organisé à Osaka en 1960. Mais malheureusement, ce n'était pas encore mon intronisation officielle au sein du groupe Gutai car, à ma grande déception, ma toile fut montrée dans un petit recoin de l'exposition, parmi les œuvres mineures.

« C'était en 1963, j'avais vingt-six ans quand je suis devenu un membre officiel du groupe Gutai. » J'ai donc réalisé de nombreuses expériences avec différents matériaux afin de trouver quelque chose qui, selon les termes de Yoshihara Jiro, « n'existait pas encore ». Et puis un jour de printemps, en 1962, j'avais vingt-cinq ans, j'eus l'idée d'utiliser de la colle à bois vinylique. J'en ai fait une sorte de crêpe que je retournai pour que la colle se mette à couler. Cela formait de grosses gouttes, sortes de stalactites et comme le vent soufflait, en séchant, la colle forma des grandes cloques. Cette matière m'intéressait beaucoup car elle était à la fois organique, biologique mais aussi sensuelle. Pour que les cloques sèchent plus vite, j'ai tenté de les fendre et j'y ai vu quelque chose de très féminin. J'ai multiplié cette pratique jusqu'à la maitriser et ce fut le moment de solliciter une nouvelle fois l'attention de Yoshihara qui était accompagné ce jour là de Michel Tapié. Je leur ai montré quelques unes de mes œuvres témoignant de mes nouvelles expériences et ils les ont adorées ! C'était en 1963, j'avais vingt-six ans quand je suis devenu un membre officiel du groupe Gutai. S'en est suivie ma participation officielle à la douzième exposition d'art Gutai de Tokyo, j'y ai exposé mes tableaux couverts de cloques puis en octobre de la même année j'ai réalisé ma première exposition particulière à la Pinacothèque Gutai. En 1964, pour la quatorzième exposition Gutai organisée à Osaka, j'ai disposé dans l'espace des grands portiques mous, sorte de membranes couvertes de longues bulles suspendues donnant accès à l'exposition. Ensuite, au mois d'avril 1965, j'ai participé à l'exposition Cinq artistes du groupe Gutai à Kobe puis à l'exposition Gutai organisée à la célèbre galerie Stadler, rue de Seine à Paris où Michel Tapié oeuvrait en tant que conseiller artistique. Cette exposition a également été présentée à Cologne. 

En 1966, J'ai participé au concours organisé par le journal Mainichi Shimbun et l'Institut Franco - japonais de Kyoto en proposant un tableau dans l'esprit de mes nouvelles expérimentations. J'ai remporté le premier prix : une bourse pour étudier en France pendant six mois. Je devais m'inscrire à la prestigieuse Université de la Sorbonne pour apprendre la langue française. J'avais dans ma poche, une lettre d'introduction de Yoshihara adressée à Tsuguharu Foujita, son maître... mais je n'avais aucune envie d'étudier. J'étais plutôt animé par une soif de comprendre les origines de l'Occident. J'ai beaucoup voyagé mais c'est à Paris que j'ai fait ma carrière. Je m'y suis installé rue Faidherbe, avec mon épouse et je ne l'ai plus jamais quitté. » Source :  Juiliette Evezard - 14 Artistes de l'avant-garde japonaise de 1958 à 1972, exposition du 1er mars au 31 mai 2017 à la Galerie F.Hessler, Luxembourg. 

 

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