L'ART DANS LA CAPTIVITE DU FEU

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L'Art dans la Captivité du Feu :

Aubertin - Piene - Unger

De l'époque des cavernes à l'Antiquité et jusqu'à nos jours, le feu, dans sa forme poétique et mythique, lumineuse et brûlante ou dans sa forme divinatoire et symbolique, revêt une signification purificatrice et évoque une représentation spirituelle des extrêmes entre l'enfer et le paradis. Cet élément a trouvé une place de choix à travers la fascination qu'il exerce dans diverses formes de créativité artistique, poétique et littéraire. C'est ainsi qu'au cœur de l'oeuvre des trois artistes présents dans cette exposition: le français Bernard Aubertin, l'allemand Otto Piene et le luxembourgeois Arthur Unger, le feu a joué un rôle déterminant, clef de voûte de leur réflexion et de leur route créative, vers l'essentiel et l'infini. Bernard Aubertin ou le goût de l'éphémère Bernard Aubertin a d'abord trouvé sa place dans l'avant-garde européenne dans le sillage d'Yves Klein et d'Otto Piene, recevant comme un choc leurs œuvres monochromes, y associant ses recherches plastiques et exposant dans le cadre du groupe Zéro, fondé par Otto Piene et Heinz Mack en 1958 à Düsseldorf, élargi en 1961 à Günther Uecker. Dès sa fondation, et par la suite, le groupe a associé à son activité toute l'avant-garde européenne et internationale avec les artistes-clé de cette période, tels Lucio Fontana,Yves Klein, Jean Tinguely, Piero Manzoni, Pol Bury, Daniel Spoerri, Soto, Arman, Enrico Castellani, Piero Dorazio, Christian Megert, Arnulf Rainer.....A partir de cette rencontre, Aubertin abandonne à la fois la peinture figurative et les références psychologiques, liant son sort esthétique à une peinture essentielle, monochrome (« Monochrome rouge C 2 »,1960), instinctive, forte et sensuelle. L'artiste juxtapose deux éléments de valeur, la couleur pure, la valeur absolue, et la valeur relative, issue de mélanges optiques. Son aptitude à prendre au corps la monochromie, résoud aussi en même temps les lois de l'espace. « L'aplat monochrome est un vide plein de tension, en lui se rencontrent les fluides inconscients, et magnétiques sub-conscients», souligne-t-il dans un texte publié en 1960[i]. Sa prédilection va surtout au redéploiement dans sa créativité de la couleur rouge, que l'artiste emploie pour encourager l'émotion abstraite, stimulant l'inhérence du rouge et son rayonnement dynamique. Puis dans la phase suivante, il utilisera des clous (« Clous 63 N°5 »,1963) en jouant à la fois sur la facture désordonnée et ordonnée, le ludique et le pur hasard, mais en recouvrant toujours l'oeuvre de rouge. Aubertin franchit un nouveau pas décisif avec les allumettes, le feu, et l'aspect éphémère, explorant le feu en tant qu'objet d'art, et se proclamant lui-même « pyro-maniaque ». Les sculptures, les livres brûlés partiellement (Grand livre de feu,1961), les happenings enfumés, la transparence mobile sculpturale, la lumière, marqueront l'aventure artistique de Bernard Aubertin, dont l'expérimentation avec le feu se prolonge jusqu'à nos jours. Ainsi, les œuvres de cette exposition, « Allumettes brûlées » de 1974, « Livre brûlé 1 » et « Livre brûlé 2 » de 2007, dans le prolongement de ses expériences, portent-elles dans leur expression le témoignage notable de la profusion poétique, de l'imagination travaillée. Les collages de matière brûlée, les allumettes ou traces de fumée sur une monochromie rouge telle que « Tableau Rouge », de 2008, puis la série d'oeuvres intitulée «Tableau S - Aluminium», de 2008 et 2009, révèlent dans toute leur complexité que la rêverie créatrice peut détruire ces douloureuses ambiguïtés, car l'imagination est la force même de la production psychique, d'une liberté féconde et positive, comme le revendique Bachelard [ii] Otto Piene instigateur de l'avant-garde europeenne et planetaire L'oeuvre de l'artiste allemand Otto Piene occupe une place prépondérante et résonne dans l'avant-garde européenne et planétaire, au cours des décennies qui suit la deuxième guerre mondiale. Elle reflète ses positions et les pléthores d'expression de son expérience créative, ses projections artistiques et poétiques, multiples et multiformes. Dès les années 1957 à 1960, son travail pictural occupe déjà une place de choix, à l'époque où se forme le Groupe Zéro à Düsseldorf, dont il est l'un des principaux instigateurs, d'abord sur la scène artistique allemande, puis sur la scène européenne.

Cette signification s'amplifie dans la texture de l'entrecroisement substantiel entre art, science et technologie, et l'installation de Piene aux Etats-Unis après 1964, en tant qu'artiste, éducateur, théoricien, philosophe-esthète... « frontrunner » du mouvement Sky Art. On perçoit clairement l'atmosphère créative autour d'un artiste qui a sciemment développé et semé dans son sillage et à travers son parcours artistique, le concept de l'art total participatif, en tant que forme indispensable et vivante, en tant que philosophie et credo d'un univers artistique avancé, en tant qu'expérience créative vibrante, inspiratoire et poétique. L'expérience de Piene avec les peintures de feu est étroitement liée au travail de recherche sur ses oeuvres au pochoir et la problématique de lumière, qui le conduisent à d'autres découvertes utiles quand il expérimente ces mêmes pochoirs avec l'utilisation de bougies. Il fait briller des éclairs électriques et des sources lumineuses, ainsi que des chandelles, à travers les pochoirs et s'aperçoit qu'il en résulte de la suie. L'artiste pose alors une feuille de papier par-dessus les pochoirs et la suie se dépose sur le papier. Il obtient ainsi des dessins à la fumée. Le même procédé appliqué à une surface entoilée le conduit à exploiter les dépôts de suie sur une toile et Piene crée des tableaux à la fumée. L'artiste abandonne ensuite les pochoirs pour appliquer simplement la suie avec les bougies qui donnent des peintures à la fumée aux formes répandues et plus larges, dont d'autres artiste se sont inspirés par la suite, et notamment Klein, Aubertin..... Puis, il vaporise du fixatif pour solidifier en quelque sorte le résultat sur la toile, afin que la suie ne disparaisse pas ou ne soit pas abîmée par le toucher. Alors, qu'un jour Piene en a trop vaporisé sur une forme, le produit laisse une trace et une tache de fixatif liquide se forme. L'artiste s'aperçoit que cela est déjà en train d'affecter la forme de la fumée qui s'était déposée sur la surface. Spontanément, parce qu'il sait que le fixatif est inflammable, il tire une allumette de sa poche et met le feu à la flaque de fixatif liquide qui brûle et se gélifie instantanément. Le résultat de cette réaction apparaît sous forme de traces sur la surface de toile et en y repensant quelques jours plus tard, Piene répète intentionnellement le processus. C'est ainsi que l'artiste met au point et développe assez rapidement le procédé qui le conduit à ses peintures au feu qui constituent une partie significative de son œuvre artistique.Il entreprend alors toute une série d'oeuvres à la fumée et une vingtaine de gouaches également intitulées «Tentatives pour brûler la nuit». Dès lors, cet élément se retrouve de plus en plus dans sa peinture, avec une présence préférentielle de la couleur rouge qui est devenue une constance. Certains remarqueront que Piene est né sous le signe du Bélier, signe de feu, et qu'il ne fait finalement que retourner tout naturellement vers ce qui lui est propre. Rendre l'environnement humain harmonieux avec des formes simples, fortes et significatives, pourrait être l'un des credo artistiques et existentiels d'Otto Piene. Signification que l'artiste lui-même attribue à ses peintures quand il affirme: « Démontrer la pertinence sur laquelle on a insisté, nous dévoile l'opération mentale par excellence de l'élaboration de ces projets, installations, sky events, sculptures... « qui apparaissent comme une sucession d'évidences intuitives et profondes de sa créativité. Le trait dévoile l'état d'esprit où les idées trouvent une concrétisation conceptuelle et visuelle, claire et évidente. La finalité des projets, leur pertinence, leur échelle et leur sensibilité artistique, sont aussi révélées par l'esprit de ces peintures au feu « Vorfrühling » et « Phauenauge » de l'année 2000. En même temps, ces oeuvres éclairent les intentions de l'artiste en déterminant les séquences successives de son itinéraire artistique, de son imaginaire en zone zéro, là où la vibration "interdit le contraste, confond la tragédie et congédie le drame"[iii]. Manfred Schneckenburger a raison quand il affirme que Piene « transforma le tableau classique en un instrument capable de capturer, de structurer et d'exprimer en nuances une énergie optique immatérielle. Mais il fut aussi simultanément l'organisateur - ou le magicien? - des éléments, du feu, de l'air, de la lumière, un organisateur calculant rationnellement, opérant en douceur et travaillant avec méthode. Il se fit le stratège artistique le plus précis pour les divers croisements du tableau avec les nouveaux procédés permettant d'inclure la lumière, l'air ou le feu dans le processus de création »[iv]. Arthur unger: la force d'un univers transcendantal Tout autre fut l'expérience de l'artiste luxembourgeois Arthur Unger qui découvre la magie du feu et son symbolisme méditatif auprès des populations autochtones dans la brousse d'Afrique centrale parmi les tribus Lunda et Baluba du Katanga, au Zaïre, dont il partage la vie et les expériences pendant plus de cinq années. Au fur et à mesure, des contacts soutenus avec la population locale permettent à Unger de découvrir également la puissante charge poétique du feu, autour duquel l'artiste va édifier la force et la signification de son œuvre. Certaines images environnementales conduiront l'artiste à transcender ces paysages de collines de Fungurume, calcinées par le soleil et la foudre, et baignées de pluies tropicales qui laissent leurs traces verdâtres sur la montagne de malachite, nourrissant un univers créatif que l'artiste choisira plus tard de fixer sur des plaques de cuivre électrolytique, devenu le support quasi exclusif de son oeuvre depuis des décennies.

A partir d'une technique qui lui est propre et qu'il a inventée, le pyrochimiogramme, Arthur Unger crée une représentation plastique qui équivaut à un édifice transcendantal. L'artiste manie et mélange le feu et l'encre à la feuille de cuivre, affrontant la complexité du codage et du décryptage par analogie évocatrice, anticipant la valeur des formes, la valeur des signes, le sens des mots, le sens de l'art. Il va sans dire que ce n'est pas la technicité de son procédé original qui est l'élément prévalant de son aventure artistique, mais l'usage du non-dit qui prédomine, la réflexion approfondie d'où surgit le silence, un univers inconnu. L'humanité se dégage aussi dans le choix des thèmes recherchés, fortement inspirés par l'attachement et l'enthousiasme de l'artiste pour le continent africain, ainsi que son inspiration pour le signe calligraphique chinois ou oriental. Michel Tapie, l'un des plus importants critiques d'art français et gourou « d'un art autre » sera l'un des fervents défenseurs et entremetteur d'Arthur Unger dès ses débuts. Il est aussi l'auteur des premières monographies et textes critiques qui accompagnèrent l'ascension d'Unger sur la scène artistique en France et en Italie, avant qu'il ne s'impose avec une série d'expositions muséales en France, au Luxembourg, en Allemagne, et finalement en Chine à partir de 2004. Une série de rétrospectives complexes et exhaustives sont ainsi organisées dans les musées majeurs de grande villes chinoises: Shenzhen, Shanghai et Pékin. L'œuvre d'Unger sera ensuite présentée dans sept musées parmi les plus importants de Chine dans le cadre des Jeux Olympiques de Pékin en 2008, sous l'égide de l'auteur de ce texte, permettant ainsi de dévoiler au public chinois un univers créatif doté d'une force convaincante, dont l'impact visuel recèle tant d'énigmes et une fluidité trans-mutante. La présence dans cette exposition d'œuvres significatives d'Unger, au diapason de ces vingt dernières années, telles «Soleil sur Embori» et «Flamme Eternelle» de 1991, « Au pays de l'araignée » de 1993, « En ce pays enflammé » et «Le Puissant» de 2000, permet aux spectateurs de réaliser que dans ces œuvres jaillies de l'innocence et de la jouissance poétique, l'artiste bâtit un univers transcendantal d'un geste rythmé. Il leur montre ainsi la voie et leur permet de recevoir une charge poétique, de s'émouvoir, transmettant par l'acte créatif à la fois la liberté et la beauté convulsive. Une série d'œuvres plus récentes, inspirées, à la dominance rouge synonyme de force et d'énergie resurgie, est, elle aussi, porteuse de la force mythique du feu à l'instar de « Tornado » et « Fire castle » de 2010. Là encore, l'artiste nous surprend par la grâce de son geste créatif, son écriture lyrique, affrontant la complexité du codage, reposant sur un dualisme inhérent à l'image et au mot. Son œuvre, à l'espace vibrant d'une énergie intérieure, s'adresse à l'œil, à l'enchaînement rythmique de la subtilité de la surface, dont le feu, la flamme débordent d'une puissance sensuelle issue d'un perfectionnement spirituel ascendant. L'effet de métamorphose de la flamme et son emprise brûlante sur la surface du cuivre, sont renvoyées vers le spectateur sous la forme d'un écho séduisant. De même augure, la série d'œuvres sur papier d'Arthur Unger ou plus exactement le cycle intitulé « Créature Chamanique » de 2011, dans un geste calligraphique sublime, offre des images représentatives, dotées d'un cryptogramme énigmatique. A travers cette trilogie artistique: Aubertin, Piene, Unger, on peut goûter dans les œuvres qui nous sont proposées ici, à une pluralité caractérisée, à une vaste gamme incantatoire et captivante aux reflets de feu, d'éclair, de braise et de foudre, mais aussi, à l'ensorcellement lumineux, chaud, brûlant... dans la métamorphose de la surface de la toile, du papier ou du cuivre... reflétant des œuvres d'art fascinantes.

Par ANTE GLIBOTA *Historien d'art et d'architecture, Membre Titulaire de l'Académie Européenne des Arts, des Sciences etd es Lettres.

[1] Bernard Aubertin, « Esquisse de la situation picturale du rouge dans un concept spatial », 9. 9. 1960, publié dans Zero 3, 2, 1, par M.I.T, Cambridge, Massachusetts, USA, 1973, p.227-229. [1] Gaston Bachelard, La Psychanalyse du feu, NRF, Gallimard, Paris,1er Août,1938. [1] Herbert Read, Modern Sculpture, Thames and Hudson, Londres 1964, p.207. [1] Otto Piene, Qu'est-ce qu'un tableau?, dans le catalogue de l'exposition "Vision in Motion - Motion in Vision" (Breer, Bury, Klein, Mack, Mari, Munari, Uecker, Piene, Rot, Soto, Spoerri, Tinguely, van Hoeydonck). Hessenhuis, Anvers, mars 1959, reproduit dans Ante Glibota, Otto Piene , Delight Edition, 2011,p.109. [1] Manfred Schneckenburger, Otto Piene, Bilder und Lichtballett, publié dans le catalogue de Galerie Schoeller, Düsseldorf,1987.

 

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