Serge Poliakoff

 
Titre: Gris, vert et bleu
Technique: Huile sur toile
Signé(e) et daté(e): 1955
Dimension: 116 x 89 cm
Provenance:

Collection particulière, France

Prix: VENDU
 

Lorsque Serge Poliakoff peint ce tableau en 1955, il jouit d'une reconnaissance critique et publique désormais incontestée. Il fait en effet parti des rares artistes contemporains à avoir été sélectionnés pour l'exposition Tendances actuelles de l'Ecole de Paris de la Kunsthalle de Berne pour laquelle une salle entière lui est consacrée et qui connaît un succès important. Il est ainsi, à l'âge de 55 ans, en pleine possession de ses moyens artistiques et atteint une expérience et une maturité qui se dégagent particulièrement des œuvres qu'il entreprend. Cette toile par l'harmonie de sa structure, l'équilibre de sa composition, souligne en effet tout le chemin parcouru par l'artiste. Quinze ans auparavant déjà, la rencontre avec Kandinsky avait agi comme une confirmation. "Pour l'avenir, je mise sur Poliakoff" déclarait ainsi le père de l'abstraction en 1939 lorsqu'il découvrait la première toile abstraite du jeune peintre russe. Cependant, Poliakoff sut très tôt où devait aller sa peinture et comment y parvenir : "Kandinsky à cette époque approchait l'art comme un mathématicien ou un ingénieur. Mais pour moi, l'art devrait couler de source. Il y a un millier de façons de faire de l'art, et trop de science peut le tuer." S'éloignant ainsi de l'abstraction dit froide, Poliakoff trouve dans la recherche d'un équilibre entre couleurs et formes la pleine expression de son art. Le tableau est à ce titre un formidable exemple de sa maîtrise d'une palette incomparable où les couleurs parviennent à trouver une harmonie parfaite. C'est que l'artiste entend trouver à travers la peinture ce qu'il appelle le "silence complet", c'est à dire trouver la composition parfaite entre la couleur et la forme, une alchimie qui confère à la toile une pleine existence : "ce n'est pas simplement une absence de bruit mais un silence positif qui ouvre les yeux des gens à un monde différent". Il conçoit le tableau comme une architecture où les couleurs s'articulent les unes par rapport aux autres. "Je pourrais utiliser mes formes pour des sculptures mais c'est avant tout un poème plastique" explique-t- il. Ici la juxtaposition des tons tend également à rappeler la fascination qu'ont opérée les icônes russes des églises de son enfance sur sa vision de la peinture. Indéniablement cette oeuvre possède une présence quasi hiératique qui s'impose au spectateur, une puissance silencieuse qui irradie de son centre. C'est que Poliakoff se livre depuis des années à une pratique de la peinture proche de l'ascétisme où l'exploration de la matière, notamment en fabriquant ses propres couleurs, cherche à créer une vibration des tonalités sans commune mesure. Cette recherche menée dans l'ombre de l'atelier trouve d'ailleurs un formidable écho lorsqu'il découvre pour la première fois, en 1952, Carré blanc sur fond blanc de Malevitch : "Il m'a démontré une fois de plus le rôle capital de la vibration de la matière". Le rouge et jaune est ici au cœur de l'architecture du tableau, telle la clef de voûte d'un ensemble dont se dégage la sensation d'une peinture à la fois présente et atemporelle et que Poliakoff exprime comme une évidence : "Je cherche la vie au travers des formes les plus simples".  

 

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